Au-delà des mesures purement curatives, il semble que répondre à l’urgence écologique exige une triple réorientation. Economique, sociale et culturelle.
Economique et sociale d’abord. A la toute-puissance d’un marché amoral, à la recherche de profits immédiats, à la spéculation égoïste d’immenses groupes financiers, il est temps d’opposer une régulation raisonnée, soucieuse de l’intérêt de tous et allant dans le sens d’un développement mondial profitant à chacun.
Culturelle ensuite. Face au déficit de formation citoyenne sur les problématiques environnementales et écologiques, les plus grands efforts pédagogiques doivent être entrepris. Certes, notre société est sensibilisée à ces questions, mais elle ne dispose pas encore des moyens d’action adéquats. Elle n’a pas encore repéré quels efforts, quelles nouvelles règles, quels choix de technologie, cela allait induire sur le plan individuel. Tant que nos concitoyens n’ont pas une vision claire et précise, ils restent dans une posture d’attente, forcément inconfortable et décourageante.
La dimension pédagogique et culturelle indispensable sur ces sujets, seules les collectivités locales peuvent s’en charger, quand les médias ne donnent eux que des signaux globaux.
Or le premier contact avec le citoyen est le maire, sorte d’intercesseur entre le quidam et l’ensemble du système politique. Son rôle est donc primordial en la matière.
D’autant que les municipalités sont responsables (ou co-responsables) des investissements qui ont la plus longue durée de vie : la construction des bâtiments publics et celle des infrastructures de transports. La municipalité est aussi en charge de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme. La façon dont elle organise les territoires est donc d’une importance extrême.
Il semble que M. Malhuret n’ait pas mesuré l’importance du rôle qu’il avait à jouer dans cette bataille. Le reproche que je peux lui faire est donc multiple. Il n’a su développer aucune capacité d’imagination en matière de gestion écologique de notre ville. Il n’a de fait, jamais associé les vichyssois à une question qui les concerne pourtant directement. Enfin, il n’a jamais senti à quel point, il aurait été profitable à notre ville qu’elle soit élevée au rang d’ « écoville » (Concept né il y a 30 ans en Allemagne, plus exactement à Fribourg. La ville est devenue depuis un modèle pour le développement urbain des économies d’énergies, des énergies renouvelables et de l’éco-construction. Du monde entier les visiteurs se pressent pour découvrir et admirer cette ville miraculeuse) .
Le plus grand atout de Vichy est son cadre de vie. Quelle opportunité magnifique nous avions de promouvoir des modes de développement écologiques favorables à la compétitivité et à l’emploi.
Certains maires ont su anticiper les problématiques environnementales, n’attendant pas qu’on les leur souffle aux oreilles. Ils se sont engagés depuis plusieurs années déjà dans des « chartes d’environnement », des « plans climat » ou des « agendas 21 », pour le plus grand bénéfice des citoyens.
Ce volontarisme a permis la mise en place d’outils fort intéressants en matière de gestion urbaine (espaces publics partagés, chartes des usagers, vélos en libre-service, réhabilitation écologique de l’habitat, éco-quartiers, tarification sociale et environnementale des services urbains). Ces mesures, combinées à des programmes ambitieux de transports en commun, de réduction des déchets et de sobriété énergétique ont permis de limiter grandement l’empreinte écologique de l’activité urbaine.
Mise à part la qualité de son fleurissement et la beauté indéniable de ses parcs, Vichy ne peut se targuer d’aucune initiative clairement écologique si ce n’est la construction prochaine d’un éco quartier. Qu’a fait M. Malhuret pour modifier un plan de circulation totalement incohérent qui provoque chaque jour des kilomètres de bouchons (donc de la pollution inutile) ? Combien de cellules photovoltaïques sur les toits vichyssois ? Alors que notre sol regorge de sources d’eau chaude, avons-nous déjà mené une étude de faisabilité d’un chauffage de l’habitat par géothermie ?
Le bâtiment est le secteur le plus consommateur d’énergie en France, 42,5 % de l’énergie finale totale. Avec une consommation moyenne annuelle d’énergie primaire de 240 kWh/m² alors qu’il est possible d’atteindre les 50 KWh/m², le bâtiment constitue une des clefs permettant de diviser par quatre nos émissions des gaz à effet de serre. Sur les chantiers actuels lancés par le maire, combien de bâtiments vont répondre à la Haute qualité environnementale (norme HQE) qui vient d’être rendue obligatoire par le grenelle environnement ? M. Malhuret a-t-il introduit, comme le font déjà plusieurs villes en France, des critères de développement durable dans les marchés publics qu’il passe au nom de la commune ?
D’autant que ces dispositifs n’offriraient pas que des bénéfices environnementaux, outre les économies substantielles réalisées à moyen et long terme, ils améliorent grandement la qualité et le cadre de vie. En effet, l’effort communautaire né des ambitions et des actions menées par la municipalité renforce le sentiment d’appartenance à la cité et donc favorise un climat (c’est le cas de le dire) apaisé et respectueux.
A ce titre, les observateurs avertis expliqueront d’ailleurs que la problématique écologique nous amène à repenser la question démocratique, celle de la cohésion culturelle de notre société et de la participation de tous aux affaires de la cité. Mettre en place une participation collective à l’effort écologique demande un énorme progrès sur le plan démocratique car il est indispensable d’asseoir les mesures prises (souvent contraignantes) sur un dispositif plus global auquel chacun a participé. En somme, il faut créer des mécanismes d’adhésion.
C’est une fois encore aux municipalités qu’il incombe d’innover dans le lien social et la cogestion en créant des instances de démocratie participative. Nous trouvons d’ailleurs divers exemples de « conseils de développement durable » ou de « conseils de quartiers » permettant l’évaluation de l’action municipale par la population, via les comptes rendus de mandat, les diagnostics de territoires et les observatoires des agendas 21. A Vichy, rien.
M. Malhuret, les possibilités étaient immenses, les avantages à en tirer – y compris sur le plan économique- formidables. Ne pas avoir saisi l’importance de l’enjeu écologique est extrêmement regrettable. Certains diront que vous n’avez pas voulu céder à une mode. Il s’agit maintenant d’une obligation.